Olivier Sanfilippo, la cerise sur le gâteau de l'Empire

Olivier Sanfilippo, la cerise sur le gâteau de l'Empire
Olivier nous offre un univers ludique dans un Japon ancien, fantastique, et légendaire

Illustrateur, cartographe, auteur, concepteur de jeux... Olivier porte beaucoup de casquettes—c'est très impressionnant chez quelqu'un d'aussi jeune.

Mais ce qui m'a le plus marqué chez Olivier, c'est son authenticité, son humanité, sa gentillesse. Et je suis ravie que cela transparaisse dans cette interview—car Olivier, c'est bien plus qu'un gars sympa qui dessine. C'est aussi quelqu'un de très sensible, et de très engagé pour les artistes.

Je vous propose de découvrir ses activités, et son univers de l'Empire des Cerisiers—surtout si vous êtes fans du Japon!


NJ—En fouinant un peu sur les internets, j’ai découvert que tu as fait les Beaux-Arts et que tu es un passionné d’histoire—doctorant et chercheur. Peux-tu m’en dire un peu plus, et si ce sont des marches importantes qui t’ont aidé aujourd’hui à créer l’Empire des Cerisiers?

OS—Ha ha! Alors c’est en effet des morceaux de mes anciennes vies.

En fait après le Lycée, j’ai souhaité me diriger vers les arts. J’ai tenté l’entrée à Angoulême, mais bon ça n’a pas été convainquant, et plus globalement les concours d’entrée divers et variés j’ai jamais été très fan.

Du coup je me suis retrouvé en première année de prépa à la Villa Thiole (École des Beaux-Arts) à Nice. Une année intéressante, enrichissante, où j’ai reçu quelques bases diverses dans divers domaines artistiques. Ce fut une année de découverte. Puis j’ai enchainé sur une première année en École d’Art supérieure.

Bref, une première année aux Beaux-Arts. Ce fut une année catastrophique en matière d’enseignement avec une équipe pédagogique—disons-le—très peu impliquée. Une année qui m’a clairement fait revoir mes envies, et m’a dégouté sur le plan artistique (pour un temps seulement), mais qui m’a permis de me rendre compte qu’il fallait que j’aille ailleurs.

Du coup, je me suis dirigé vers une autre de mes passions: l’Histoire. Et je suis entré à la fac.

Je n’ai plus touché un crayon pendant plus de six mois, mais le plaisir de dessiner est revenu progressivement, et en parallèle de mes études universitaires j’ai recommencé à gribouiller.

Par contre, niveau Jeu de Rôle, j’étais toujours à fond!

De fait, je jouais à un jeu inspiré du Japon que tout le monde connait: Le Livre des 5 Anneaux. Je maîtrisais beaucoup cet univers, et je participais à la production de créa amateures avec l’association de la Voix de Rokugan.

Avec ce jeu, je me suis intéressé plus précisément à la culture, l’histoire, du Japon et quand je suis arrivé en Master, j’avais décidé de travailler sur un sujet étant en lien avec le Japon en Histoire Moderne. Et voilà, j’ai commencé comme ça mon travail de recherche.

Très clairement, ces années à travailler des sujets sur le Japon ont progressivement forgé mes envies rôlistiques sur ce thème, et stimulé et façonné mon imaginaire.

Enfin, lors de mon doctorat, j’ai eu la joie d’être lauréat d’une bourse de recherche du gouvernement japonais et de la JSPS (Japan Society for Promotion of Science), et je suis parti travailler deux mois et demi à l’université de Tokyo (et plus largement au Japon) en tant que chercheur invité.

Ce fut une expérience incroyable qui a encore participé, j’en suis persuadé, à la genèse de l’univers de l’Empire des Cerisiers. D’ailleurs, quelque temps après être rentré en Europe, je posais les prémices de ce qui donnerait plus tard l’amorce pour le jeu.

La suite de mes études et recherches, mais aussi un ensemble d’autres références artistiques, cinématographiques, des rencontres, etc. ont continué à entretenir cet imaginaire.

Très clairement, si mon passage aux Beaux Arts est pour ainsi dire anecdotique dans mon parcours, le travail universitaire et de recherche a largement contribué à enrichir mon propre travail sur l’Empire des Cerisiers.

D’ailleurs, mon parcours universitaire s’est achevé deux mois avant ma soutenance de thèse, par un gros problème de santé qui m’a empêché de la soutenir, et j’étais persuadé aussi que le milieu universitaire n’était vraiment pas un milieu dans lequel je trouverais à m’épanouir.

J’ai donc changé de carrière. Mais la recherche, en tant que telle, c’est quelque chose que j’adore. Des années après avec mon travail sur l’Empire des Cerisiers, j’ai certainement pu aboutir et achever ce que je n’avais pu terminer en ne soutenant pas ma thèse.

Bref, la formation de chercheur en Histoire m’a grandement servi, et a même conditionné mes méthodes de travail sur le jeu et la constitution de l’univers, du corpus de sources, de bibliographie, etc.

J’ai approfondi plus encore ma connaissance du Japon, par d’autres chemins, d’autres thèmes et je continue plus encore à explorer ces sociétés et ces cultures japonaises fascinantes.

NJ—Sachant que tu as participé à une table ronde universitaire sur l’Histoire dans le Jeu de Rôle au Musée National de l’Éducation de Rouen, j’en déduis que ta percée dans cet univers n’est pas due au hasard. Depuis quand es-tu passionné de JDR?

OS—Alors, ma passion du JDR, elle est vieille! Ma première partie de JDR? J’avais 10 ans et c’était en colonie de vacances. Un animateur a pris un petit groupe de gosses avec qui il s’entendait bien et nous a fait une petite campagne de 4 parties sur un mois. C’était du Donjon et Dragons, mais ça je ne l’ai su quand je me suis mis réellement à jouer environs trois ou quatre ans plus tard avec les ami·e·s du village dans lequel je vivais (Gorbio).

Un ami de la famille, qui était à l’université, n’avait plus trop de temps pour jouer et m’a offert son bouquin de Cyberpunk. Ce fut mon premier JDR à moi.

On a commencé à jouer en MJ tournant sur la même campagne, on s’éclatait, on improvisait quasiment tout, on ne se prenait pas la tête du tout. Après, on était habitué à jouer des rôles: on vivait en village et le monde autour, la forêt, la montagne, c’était une immense zone de jeu—un moteur d’aventure—et beaucoup de nos jeux de gosses ressemblait à des versions simplifiées de JDR Grandeur Nature, faut dire!

Ensuite, j’ai acheté l’Appel de Cthulhu et Kult avec les potes. Il y a eu le petit “passage Mireille”, et mes parents qui n’y connaissaient rien sont tombés sur les backgrounds de mes personnages de Kult. Ils ont pris peur et ont tout jeté!

J’ai juste pu garder le Cthulhu (que j’ai encore, même si je ne suis pas spécialement fan de ce jeu), parce qu’il était chez un pote à ce moment-là!

Bon, du coup, moins de JDR, mais je me suis mis à Warhammer 40K à la même période, et arrivé au lycée j’ai repris le JDR en mode régulier avec de nouveaux amis. L’un d’entre eux, Xavier, m’a dit qu’il y avait un club de JDR et Wargame, et m’y a amené.

Initialement, c’était pour jouer à 40K avec la bande de potes avec qui je jouais depuis le collège. Et c’est là que j’ai rencontré l’animatrice de la section JDR, que j’ai kiffé écouter maîtriser une partie, et je n’ai plus jamais lâché le JDR. Elle est devenue ma meilleure amie, puis ma petite amie, et on est maintenant mariés depuis 20 ans!

Bref, le JDR est une composante de ce que je suis. J’ai grandi avec, je me suis forgé avec, j’ai pris de nombreuses décisions autour de ce loisir—cette passion. Ce média de création ultime pour moi.

NJ—Tu es illustrateur, lauréat dès 2012 du Prix Jeune Illustration Zone Franche, mais aussi cartographe — avec de nombreuses contributions dans divers ouvrages. As-tu une occupation préférée entre ces deux? Laquelle as-tu développée en premier?

OS—Plus maintenant. J’aime autant les deux—je vais de l’un à l’autre, et je ne pourrai me passer ni de l’un, ni de l’autre.

J’ai d’abord été illustrateur, mais j’ai toujours aimé les cartes, les plans. C’est un média qui me fascine et qui est un générateur d’histoires, de narration formidable. C’est un stimulateur d’imaginaire incroyable. On voyage avec une carte, on découvre, on se crée très facilement une aventure, un périple mental.

J’ai très tôt réalisé des cartes, que ce soit pour mes propres parties ou encore pour mon taf de chercheur. De plus, il arrivait souvent qu’on me demande en tant qu’illustrateur de réaliser une ou deux cartes pour des projets sur lesquels je travaillais. Mais il n’y avait pas spécialement de titre de “cartographe”. Le plus souvent, en JDR, un des illustrateurs s’y collait sans qu’on lui colle l’étiquette de cartographe.

Finalement, je me suis retrouvé à en faire de plus en plus—et pour un des projets sur lesquels je travaillais, Les Ombres d’Esteren, j’ai dû réaliser cinq cartes de cités. Ce fut un taf monstureux, où j’ai fait toutes les bourdes possibles, où j’ai expérimenté. Un projet qui m’a pris un temps fou, s’échelonnant sur près d’un an et demi. Et finalement ce travail a été primé aux Ennies Awards à la GenCon en Best Cartography. C’était assez fou, je ne m’y attendais absolument pas.

Dans les semaines qui ont suivi, j’ai été contacté par plein de monde, dont Jeff Richard, de Chaosium, et mon carnet de commandes pour de la cartographie a explosé.

De là, j’ai décidé de mettre en avant cet aspect-là de mon travail en me désignant cartographe. D’ailleurs, ça correspond à un essor de ce métier graphique en tant que tel dans le milieu. J’ai rejoint des communautés de cartographes, dont la Cartographers Guild. On faisait globalement tous nos armes professionnellement dans le métier à la même période, et avec la plupart on est aujourd’hui dans les noms des principaux cartographes du milieu de l’imaginaire. Le métier a vraiment pris de l’ampleur ces dernières années, et c’est cool!

NJ—Quelles sont les illustrations et les cartes, pour des projets autres que le tien, qui t’ont le plus plu de créer, et pourquoi?

OS—C’est super complexe comme question!

Je suis assez inconstant sur le sujet. Un jour j’aime ça, puis le lendemain c’est ça, etc.

Après, le problème, c’est aussi qu’une fois terminée, très vite, je vois surtout tous les défauts de mes productions, les manques, etc. Donc c’est difficile d’être satisfait de son travail.

Mais sinon, affectivement parlant, la carte qui me tient le plus à cœur, c’est celle que j’ai réalisée pour Mathieu (le boss d’Arkhane Asylum Publishing) pour le jeu Loup Garou: L’apocalypse. J’ai réalisé pour lui la carte de l’Umbra.

Outre le fait que je me suis régalé à travailler avec Fabien Marteau, son bras droit qui coordonnait le projet, Loup Garou, c’est pour moi LE jeu chouchou. C’est vraiment sur ce jeu que j’ai joué la première fois avec ma moitié, c’est autour de cette table que j’ai vraiment commencé à la connaitre, et on a vécu des moments de jeu incroyables lors d’une campagne mémorable.

Bref, Loup-Garou, c’est gravé dans mon cœur. Alors bon, quand un éditeur fait appel à toi pour te proposer de travailler sur la réalisation d’une carte d’un des thèmes les plus importants du jeu, ça fait partie de ces goal achievement dans ta vie!  La carte en question a eu son petit succès, du coup c’est doublement cool!

NJ—Si tu devais définir ton style, quel nom lui donnerais-tu?

OS—Le what the fuck style, ou le “fais ce que tu peux”!

Plus sérieusement, je serai incapable de définir un style pour moi—et je crois que, très concrètement, je m’en fous.

Je ne suis pas un très bon illustrateur à mon sens, mais je travaille un peu comme un bricoleur. J’adore donner vie, créer, c’est ça qui me motive. C’est un besoin viscéral.

Plus que les techniques, c’est souvent les ambiances, ce que je veux faire ressentir, ce qui flotte dans mon esprit que je veux mettre sur le papier—et du coup je teste un peu diverses choses pour y arriver.

Après, oui, il y a des choses qui ressortent souvent dans mon taf, que ce soit l’emploi de couleurs, certaines techniques, etc. Mais encore une fois, impossible pour moi de définir un style. Je te laisse éventuellement le faire, ça sera probablement plus pertinent.

"Je ne suis pas un très bon illustrateur", ose-t-il dire...

NJ—Tu portes de multiples casquettes: illustrateur, cartographe, mais aussi auteur et concepteur de jeux. Quel a été ton chemin pour créer L’Empire des Cerisiers (récompensé d’ailleurs en 2022 par un Graal d’Or, entre autres!)?

OS—Alors j’en ai déjà un peu parlé avant sur les prémices universitaires. Mais au-delà d’un univers mental qui s’est nourri et enrichi au fil des années, c’est un peu un concours de circonstances qui est à l’origine du projet.

Ce n’était absolument pas prévu! En fait, je travaillais avec Mathieu Saintout et d’autres éditeurs sur d’autres projets, notamment un projet autour de la cartographie.

En parallèle, j’ai commencé à faire une série de plans et cartes dans un univers japonisant—sans aucun autre objectif que celui de me faire plaisir et d’expérimenter.

J’avais, à ce moment-là, pour structurer un peu ce travail cartographique, décidé de le coller dans le micro-univers que j’avais posé plusieurs années avant. Ça me permettait juste de poser un petit cadre, une ligne conductrice. En même temps je postais ces productions sur le forum de la Cartographers Guild, et plusieurs membres m’ont dit que ça serait vraiment chouette que j’en fasse un artbook.

J’avais une dizaine de plans de cités, villages, etc. et la carte de l’Empire des Cerisiers. Je suis allé voir Mathieu au bureau, et au fil de nos discussions, je lui ai proposé de faire un mini artbook d’une douzaine de cartes en y glissant un semblant d’univers. Et je lui ai dit que j’aimerais vraiment mettre à la fin un tout petit système apéro pour que des rôlistes puissent s’en servir ou même que l’ouvrage encourage à aller vivre des aventures dans ces lieux fantastiques. Mathieu m’a dit OK, et on s’est quitté là-dessus.

Deux semaines plus tard, il m’appelait en me disant qu’on allait faire un vrai JDR et pas un petit artbook! Bien entendu, j’ai dit oui par réflexe, j’étais complètement fou et excité… puis j’ai raccroché, et j’ai pris la mesure de l’ampleur du taf que ça allait demander. J’ai ouvert mon vieux fichier… et là je me suis dit: “merde, comment je vais faire pour pondre un jeu entier?!”

J’ai commencé à écrire, et en fait j’ai compris que depuis les bases que j’avais posées dans ce fichier des années auparavant, tout un univers s’était formé dans ma tête et le projet s’est lancé naturellement.

C’était il y a plus de sept ans, ça. Depuis, l’univers a gagné en maturité, en développements et en richesse. C’est aussi sept ans de recherches sur de très nombreux sujets: l’Histoire, la culture, la société japonaise, mais aussi la mythologie, le folklore, et plein d’autres sujets.

D’ailleurs, au fil de tout ce travail, je me rends compte aussi de choses que je ferai aujourd’hui différemment. Mais l’Empire des Cerisiers continue de se développer, et je n’ai à mon sens pas encore pu poser toutes les bases (en tous les cas ce que je considère comme le socle de cet univers, les clefs de compréhensions, etc.).

C’est pour moi un travail vraiment personnel et un investissement incroyable. Je suis passé par un paquet d’états d’esprit différents. Des moments aussi très durs, de doutes—de rejet, même—et surtout d’amour au final.

C’est loin d’être le cas sur tous les projets, mais j’ai mis énormément de moi dans ces ouvrages, et c’est quelque chose qui, je pense, fait aussi la force de ce dernier.

C’est aussi ce qui fait que chaque ouvrage qui part chez l’imprimeur, c’est un grand moment de joie, suivi très vite d’une immense période de peur. On ne peut plus rien toucher, et ensuite la sentence tombe une fois que c’est dans les mains des lecteurs, Meneuses, Joueuses, etc.

J’ai la chance d’avoir une équipe incroyable autour de moi, Fabien, Aldo, Raphaël, Mathieu, qui eux sont là quotidiennement ou presque et qui me permettent de me rassurer sur le taf final et sur mon travail. Mais il n’empêche qu’une fois que je n’ai plus de maîtrise sur mon travail et qu’il est partagé, c’est une incroyable joie et satisfaction et une peur irrationnelle—comme si là tout d’un coup les gens allaient se rendre compte que ce que j’ai fait, c’est totalement merdique… Tu le sens, le gros syndrome de l’imposteur et les angoisses à la con?!

NJ—Quelle est l’importance selon toi pour un créatif d’appartenir à un collectif?

OS—C’est essentiel! Le collectif, ça revêt un ensemble de réalités. Ce n’est pas forcément un cadre éditorial, mais en ce qui me concerne, c’est vital.

L’Empire des Cerisiers ne serait pas ce qu’il est sans toutes ces personnes qui m’ont aidé à lui donner vie—l’équipe habituelle, avec en tête Fabien qui fait un énorme travail, qui passe derrière l’ensemble de mon travail et coordonne le reste des troupes (ou plutôt de la famille, dans ce cas—là). Il est là tout le temps, dès que j’ai besoin de lui, d’un coup de main, d’un avis. Avoir quelqu’un qui coordonne la gamme comme ça à ses côtés, c’est exceptionnel. Son travail est d’ailleurs exceptionnel (c’est pas tout d’être là parfois).

Il y a Aldo, mon partenaire depuis bien des années! Je l’ai très souvent amené avec moi dans mes aventures créatrices. Je ne sais pas s'il doit me remercier ou me maudire, mais pareil, il est là en première ligne avec Fabien, à passer en direct sur le premier jet de mon taf. Sans parler de ses contributions au niveau créa (scénarios et cadre de jeu).

Ensuite, il y a Mathieu. Sans Mathieu, le jeu n’existerait pas. Il me laisse une liberté totale de création, il me fait confiance, passe lui aussi sur tous les ouvrages en fin de process, juste avant l’envoi à l’impression. Il est là pour les encouragements, les folies éditoriales et les projets géniaux.

Sur des aspects autres, Raphaël d’Arkhane aussi est toujours là, dès que j’ai besoin, sur tellement de choses.

Bref, travailler en équipe c’est un atout indéniable, pour moi obligatoire. Le collectif c’est aussi les ami·e·s auteurs et autrices qui sont aussi venus travailler avec moi sur le projet. C’est Philippe Auribeau, Coralie David, Jérôme Larré, Julien Moreau. Les relecteurs et relectrices, Audrey, Matt, Robin, Sébastien. Les maquettistes et graphistes, Christopher, Bruno, Stéphanie, Carine… et tellement d’autres!

Tous ces savoir-faire, ces compétences—mais surtout toutes ces personnes, ces rencontres, ces échanges, ces amitiés—sont des choses qui viennent enrichir un projet, mais surtout qui viennent vous enrichir personnellement, humainement. Et bon un créatif humainement pauvre, c’est globalement merdique.

NJ—Quelles ont été tes plus grandes difficultés dans ton parcours? Et tes plus grandes joies et fiertés?

OS—Mes plus grandes difficultés?

Outre la non-reconnaissance de nos statuts au niveau institutionnel, la précarité de nos métiers et les tristes personnages qui s’en servent pour essayer de gratter sur votre dos, les années de galères financières et au niveau santé aussi… C’est moi-même.

J’ai un mal fou à considérer encore aujourd’hui que j’ai l’étoffe d’un professionnel dans mon milieu, que ce que je fais mérite qu’on s’y intéresse plus que ça. Et pourtant j’adore partager! Créer seulement pour moi, ça ne m’intéresse pas—j’aime créer pour le partage et l’échange que ça génère.

Du coup, cette crainte permanente du jugement de son travail, c’est chaud et un peu antinomique avec cette volonté de partage. Une part de moi résiste pour ne pas supprimer une publication avec une image juste après l’avoir partagée sur les réseaux par exemple.

Idem lorsque mes ouvrages partent chez l’imprimeur, c’est terrible!! Je n’ai qu’une envie, c’est de balancer à tout le monde les ouvrages, même en PDF, parce que je suis hyper impatient qu’ils puissent les lire pour qu’on puisse ensuite partager ça tous ensemble et en même temps.

Une petite part de moi (parfois un peu trop étouffante) vient me dire: “punaise, faut tout brûler avant qu’ils ne se rendent compte que c’est bien pourri!”

Alors bon, je me doute bien que ce n’est pas de la merde—j’ai justement une équipe derrière moi qui, je pense, m’aurait arrêté depuis longtemps si c’était le cas. Et les retours sur mon travail sont chouettes.

Mais soyons clairs, je ne me sens absolument pas légitime. Du coup, mes plus grandes fiertés sont un peu limitées, très vite, par ces sentiments.

Mais par contre, les grandes joies, il y en a beaucoup, et elles sont avant tout humaines. La création, c’est un besoin vital, mais mes plus grandes joies, ce sont les moments de partage justement avec mes ami·e·s du milieu—lorsque l’on échange, qu’on rigole et qu’on parle de nos créations et de tout tas de choses. Ce sont les rencontres avec celles et ceux qui connaissent ou découvrent mon travail, les meneuses, joueuses, la communauté qui s’est constituée autour de mes créations, celle qui leur donne vie, justement. Et tout ça, c’est un réel moteur pour moi.

Soyons honnêtes, il y a quand même une série de fiertés, hein! Juste, il me faut lutter pour les conserver.

L’Empire des Cerisiers, c’est une grande fierté, carrément. Être arrivé à un moment de ma carrière (même si je ne me considère pas comme un pro qui le mérite!) où je peux choisir avec qui je travaille, sur quel projet, et notamment sur les miens, c’est une fierté (et une tranquillité aussi, faut dire).

Et puis plus largement, vivre de ses créations c’est une joie et une fierté en soi.

Il faut aussi parfois, simplement, se replacer dans les yeux du gosse et de l’ado ou jeune adulte que j’étais, qui voyait comme un rêve ultime le simple fait de pouvoir être publié dans du JDR et sur des titres emblématiques.

C’est important, de se rendre compte qu’on est toujours ce gosse, et qu’on a réussi à accomplir la majeure partie de ses rêves—bosser sur des jeux qui nous faisait vibrer jeune (Loup Garou, Vampire, L5A…) ou mythiques (RuneQuest, l’Appel de Cthulhu…) avec des gens géniaux! Ça aussi, c’est une grande fierté et une grande joie.

NJ—J'ai vu ton hommage à Akira Toriyama, tu as fait une magnifique carte. Quel était ton état d’esprit en la créant? Quels ont été les retours que tu as eus?

OS—Franchement? Toriyama, c’est vraiment un bout de moi qui s’en va avec lui.

Alors, bien entendu, son œuvre reste là, mais c’est le papa de cette œuvre, et personnellement je n’arrive pas à décorréler un artiste de son œuvre. Pour moi c’est complètement stupide, même—l’œuvre d’un artiste est forcément en lien avec ce qu’il est.

Du coup, même si je sais que personne ne m’enlèvera Dragon Ball, Dr. Slump et plus largement toute son œuvre sur son univers personnel, ça m’a fait quelque chose de voir partir leur créateur.

J’ai vu beaucoup de superbes hommages, et surtout beaucoup de grosses daubes produites à l’aide des IA. C’était pour moi une honte d’honorer un artiste en utilisant des technologies qui pillent et plagient son travail.

J’ai replongé un peu dans l’univers de Toriyama et en fait j’ai eu envie d’y plonger un peu plus en joignant le geste à la pensée. Et hop, j’avais réalisé un plan à ma manière en référence complète à Dragon Ball.

La chose rigolote, c’est que je me suis rendu compte que Dragon Ball et le style d’Akira Toriyama, qui a clairement inondé mon imaginaire de gosse et ado, avaient eu un impact sur certaines représentations graphiques personnelles—et qu’inconsciemment son style avait probablement influencé le mien, plus que je ne l’aurais cru. C’était assez intense du coup.

Les retours, c’est pas le plus important, mais ils ont été très chouettes. Je ne pensais pas que ça aurait cet impact. Ça m’a touché de voir que mon hommage touchait des personnes que le travail de Toriyama avait aussi fortement impacté ou touché.

NJ—Sur quoi travailles-tu ces temps-ci? Et quelle est ton actualité du moment?

OS—Je travaille essentiellement sur l’Empire des Cerisiers.

Ça me prend un temps énorme en fait. J’ai terminé mon travail sur tout ce que j’avais prévu initialement pour la gamme, mais entre-temps d’autres projets pour l’Empire des Cerisiers sont nés (ou étaient en gestation) et sont désormais en cours de créa.

Je vais aussi occuper un rôle de coordinateur, car il s’agira d’un taf collectif, pour le coup. Je vais participer, mais aussi diriger la créa. On travaille avec une petite équipe déjà dessus, et c’est chouette!


Merci Olivier!

Pour nous amuser, Fabien Marteau m'a fourni son schéma de base pour la carte de l'Umbra, et ce qu'Olivier en a fait... C'est quand même la classe!

Vous pouvez retrouver l'univers de l'Empire des Cerisiers sur son groupe Facebook dédié, où les membres de la communauté sont hyper sympas et actifs. Olivier y poste régulièrement ses nouvelles illustrations pour le régal de nos yeux.

Olivier a aussi un site internet, et vous pouvez retrouver ses illustrations sur Instagram.

J'espère que vous vous serez autant régalé·e·s que moi à lire l'interview d'Olivier. Passez tous et toutes une belle journée!